|
Le Christ nous a
donc donné un nouveau commandement, qu'il appelle aussi " son " commandement
: " Oui, comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres.
" Il y a donc quelque chose de nouveau en ce qui concerne l'amour depuis
que le Christ est né en ce monde.
Ce fait nouveau consiste précisément en ce que Dieu s'est incarné
et que de ce fait l'homme se trouve surélevé, transfiguré selon une dimension
qu'il ne pouvait pas soupçonner. Quand on parle d'amour il faut se souvenir
que nul ne saurait aimer s'il n'est d'abord lui-même aimé. Or le Christ,
et spécialement lors de son agonie sur la croix, nous révèle l'amour miséricordieux
dont Dieu nous aime. Il nous est donné révélation d'un amour immense,
infini, plein de tendresse et de miséricorde, qui nous atteint chacun
personnellement à travers le cœur blessé du Christ mourant pour nous…
C'est la révélation du Dieu-Amour, et d'un amour de miséricorde, d'un
amour qui s'approche des hommes, d'un amour qui ne rejette aucun pécheur,
car il est de sa nature même de sauver ceux qui tombent, de guérir ceux
qui sont malades et de réconforter les faibles. Une dignité nouvelle
revêt la personne humaine dans le Christ, car l'homme est devenu fils
de Dieu, telle est désormais sa destinée. L'homme ne saurait plus être
aimé comme auparavant : il doit être aimé avec la force et le respect
dus à Dieu, simplement parce qu'il est un homme. C'est une chose très
grande, mais extrêmement rare, de savoir vraiment aimer un homme simplement
pour la raison qu'il est un homme.
Lorsque nous aimons quelqu'un, nous l'aimons à cause de ses qualités que
nous admirons, ou bien par gratitude, ou bien parce qu'il nous apporte
quelque chose, parce que nous avons reçu de lui, parce que nous sommes
attirés vers lui par le sentiment d'une sympathie spontanée et sensible.
Mais aimer un homme simplement parce qu'il est un homme, que c'est chose
difficile !
C'est ce qui fonde l'universalité du précepte de l'amour. L'homme, quelle
que soit sa race, sa culture, quelles que soient ses qualités, même celui
qui nous hait, celui pour lequel nous n'éprouvons qu'antipathie, celui
avec lequel nous n'avons aucun point commun et qui parle un langage différent,
cet homme parce qu'il est homme mérite notre amour, et il porte en
lui quelque chose d'infini.
|